Des salaires pour les cadres plus élevés à La Réunion qu’en province

Le 1er juillet 2016, Hervé Le Grand, chef du service études et diffusion de l’INSEE, a commenté devant les membres de la commission études de l’OPMR les derniers chiffres disponibles relatifs aux salaires dans le secteur privé à La Réunion. En 2013, le salaire brut moyen à La Réunion est inférieur de 6% par rapport à la province (France métropolitaine hors Île-de-France). Cet écart s’explique par la structure de l’économie locale composée de petites entreprises qui emploient moins de cadres et plus d’employés et ouvriers non qualifiés. Si la structure des emplois était la même qu’en province, le salaire brut moyen des Réunionnais serait comparable à celui de la province (- 0,5 %).

Un niveau de salaire à La Réunion proche de celui de la province

En 2013, 121 000 Réunionnais sont salariés dans le secteur privé (sur un total de 210 000 salariés). Les salariés à temps complet perçoivent une rémunération brute moyenne de 29 805€ par an, soit 6% de moins qu’en province (31 693€ par an). Parmi les régions françaises – hors Mayotte -, seule la Corse a un salaire plus faible (29 431€/an). La Réunion se classe en particulier derrière les autres
départements d’outre-mer (DOM) :
la Guyane (33 774€/an) offre les salaires les plus élevés après l’Île-de-France, du fait notamment de l’implantation de la base spatiale de Kourou,
la Guadeloupe se classe 7ème (31 650€/an) et la Martinique 10ème (31 491€/an).

Un écart de salaire dû à la structure de l’emploi local

La région parisienne est atypique par la composition de ses emplois avec deux fois plus de cadre à temps complet dans le privé qu’ailleurs en métropole (environ 30 % contre 15%). Le salaire moyen de l’Île-de-France est donc largement supérieur au reste de la France. Pour effectuer des comparaisons de salaires entre régions, la comparaison doit donc être effectuée avec la province, en excluant la région parisienne.

A cette aune, la faiblesse du salaire moyen réunionnais dans le secteur privé s’explique par la structure des emplois. En effet, le niveau de salaire dépend avant tout de la catégorie socioprofessionnelle, bien avant l’âge du salarié, la taille ou encore le secteur de l’entreprise. Or, l’économie réunionnaise est davantage composée d’emplois à faible niveau de qualification (employés et ouvriers) et offre moins d’emplois qualifiés (cadres), tirant ainsi le salaire moyen vers le bas. Avec 9 000 salariés à temps complet fin 2010, les cadres ne représentent que 9,4 % de l’emploi salarié dans le privé . En comparaison, la Martinique (11,1 %) et la Guadeloupe (11,3 %) sont plus proches de la moyenne de province (13,8 %). A contrario , les employés et ouvriers non qualifiés sont plus nombreux dans les entreprises réunionnaises : 37 % des salariés sont des employés et 16 % sont ouvriers non qualifiés contre respectivement 26 % et 14 % en province.

Si la structure des emplois était la même qu’en province, le salaire moyen des Réunionnais serait comparable en 2013 à celui de la province (-0,5 %).

Un niveau de salaire déterminé par la catégorie socioprofessionnelle

La catégorie socioprofessionnelle est de loin le premier déterminant du salaire. Un cadre est mieux rémunéré qu’un salarié de profession intermédiaire, un employé et un ouvrier. La part de cadres dans un territoire influence donc fortement la moyenne de l’ensemble des salaires.

A La Réunion l’âge apparaît comme le deuxième déterminant. Plus un salarié a de l’expérience et mieux il est rémunéré.

Deux autres critères, un peu moins déterminants, sont la taille et le secteur de l’entreprise. Les grandes entreprises offrent des rémunérations plus élevées, notamment par l’application de conventions collectives. Le secteur arrive seulement en quatrième position, bien que l’on retrouve de forts écarts entre les secteurs les plus rémunérateurs (finance, construction) et ceux qui le sont moins (commerce, hébergement et restauration).

Deux derniers critères, le contrat et le sexe du salarié, ont une influence plus limitée sur les salaires. Une personne en contrat à durée déterminée est ainsi, à situation identique, moins rémunérée qu’une personne en contrat à durée indéterminée. Les écarts salariaux homme/femme sont beaucoup moins prononcés à La Réunion qu’en province, où le sexe est le deuxième déterminant des salaires après la catégorie socioprofessionnelle. Cela provient en partie de la faible part des postes d’encadrement qui sont ceux pour lesquels les écarts hommes/femmes sont les plus élevés.

Les cadres mieux rémunérés qu’en province

Les cadres sont mieux rémunérés à La Réunion (+ 5% en moyenne de salaire en plus par rapport à la province en 2013). Cette situation s’explique par un effet de « rareté » dû au déficit de cadres diplômés sur le marché de l’emploi à La Réunion qui incite les employeurs à mieux les rémunérer. En comparaison, les professions intermédiaires et les employés ont des niveaux de rémunération comparables en moyenne à la province alors que, en 2010, ils percevaient un salaire net mensuel supérieur respectivement 5,4% et 3,5% par rapport à leurs homologues de province.

Plus l’entreprise est grande et plus les différences de rémunérations sont fortes entre La Réunion et la province. Les cadres des entreprises de moins de 10 salariés gagnaient en 2010 seulement 1,5% de plus qu’en province. Dans les plus grandes entreprises, l’écart atteignait à la même époque 24 % en moyenne.

Les ouvriers moins bien rémunérés qu’en province

Les ouvriers qualifiés et non qualifiés sont moins bien payés qu’en province ( -6% pour les premiers et – 5% pour les seconds en 2013). Ce constat avait déjà été effectué en 2010 pour les ouvriers non qualifiés. En revanche, les ouvriers qualifiés percevaient un salaire net mensuel équivalent à leurs homologues de province en 2010.

Ces écarts s’expliquent en partie par les contrats à durée déterminée, plus fréquents à La Réunion qu’en province. De plus, les ouvriers travaillent moins d’heures par mois que les ouvriers en province (22,5% de travail à temps partiel à La Réunion contre 18,8% en France métropolitaine en 2015). Le taux de sous-emploi (situation de personnes à temps partiel qui souhaiteraient travailler plus si la possiblité leur était offerte) est également deux fois plus élevé à La Réunion qu’en métropole (13,1% contre 6,6%).

Ils sont accentués par un salaire brut horaire plus faible de 5% en 2013 :
14,10€/heure à La Réunion contre 14,80€/heure en province pour les ouvriers qualifiés
11,10€/heure à La Réunion contre 12,50€/heure en province pour les ouvriers non qualifiés.

Le salaire des ouvriers est fortement lié à la taille de l’entreprise : plus elle est petite, plus la rémunération est faible. À La Réunion, les ouvriers travaillent principalement dans les secteurs de l’industrie et de la construction. Dans ces secteurs, les entreprises sont de plus petite taille qu’en province et offrent donc des salaires plus faibles.

Néanmoins, un écart de salaire subsiste indépendamment de la taille de l’entreprise. En effet, pour un même emploi, dans le même secteur, dans une entreprise de taille équivalente, un ouvrier de La Réunion perçoit un salaire brut horaire plus faible qu’un ouvrier de province. Le différentiel s’explique par la situation économique de La Réunion : la main d’œuvre peu qualifiée est abondante et subit un chômage structurel important. De plus, toutes les conventions collectives nationales qui encadrent la fixation des salaires ne s’appliquent pas à La Réunion.

Des écarts de salaire entre les cadres et les ouvriers plus fort à La Réunion

Avec des cadres mieux payés et des ouvriers moins bien rémunérés qu’en province, les écarts de rémunération sont plus forts à La Réunion. En 2010, un cadre touchait ainsi en moyenne 2,8 fois plus qu’un ouvrier non qualifié, cet écart étant de 2,4 en province.

Comme en France métropolitaine, le salaire augmente en moyenne avec l’âge. Mais il augmente sensiblement plus vite à La Réunion que pour la France entière, surtout parmi les cadres et professions intellectuelles supérieures peut-être en raison d’une plus faible mobilité.

Des écarts de salaire entre les femmes et les hommes plus faibles à La Réunion

A contrario, les écarts de rémunération entre les femmes et les hommes sont plus faibles à La Réunion. Avec un salaire brut en équivalent temps plein des femmes inférieur de 7% en moyenne par rapport aux hommes, La Réunion est la région française où l’écart en défaveur des femmes est le plus faible (celui-ci s’élève à 18% en moyenne nationale). Cet écart est plus élevé chez les cadres ou il atteint 21% à La Réunion (contre 20% en moyenne nationale). Il est plus faible pour les professions intermédiaires (6% à La Réunion contre 13% en moyenne nationale).

Quelle incidence de la suppression du RSTA et du COSPAR sur les salaires ?

Le 31 mai 2013, le revenu supplémentaire temporaire d’activité (RSTA), bénéficiant à près de 40 000 Réunionnais, était supprimé. Prolongé à plusieurs reprises par le Gouvernement, le RSTA avait été créé à la suite des grandes manifestations de 2009 contre la vie chère pour pallier l’absence du RSA activité dans les DOM à cette époque. La difficulté d’évaluer les conséquences de la fin du RSTA sur les salaires à La Réunion 2013 s’explique par le fait que nombre de salariés ne sont pas éligibles au RSA activité, qui a été mis en place entre-temps, quand d’autres le sont à des conditions plus défavorables.

En ce qui concerne le COSPAR, sa suppression le 31 décembre 2013 n’a pas eu d’incidence sur le niveau de rémunération des Réunionnais cette année-là. Comme le RSTA, le bonus Cospar (du nom du Collectif des organisations syndicales et politiques de La Réunion) est issu des grandes manifestations de 2009 contre la vie chère. Il s’agissait d’un bonus salarial exonéré de charges sociales, d’un montant s’élevant entre 50 et 60 euros, ne pouvant excéder 1500 euros par an, ayant bénéficié à près de 100 000 Réunionnais lors de son lancement.

Des salaires plus élevés à La Réunion dans la fonction publique

Au 1er janvier 2012, le salaire moyen est 21 % plus élevé à la Réunion qu’en métropole (31 490 € à La Réunion contre 25 830€ en France métropolitaine). Ce différentiel s’explique par la sur-rémunération attribuée aux agents du secteur public dans les DOM même si 34% d’entre eux n’en bénéficient pas à La Réunion dans la mesure où ils ne sont pas titulaires de leur emploi.

Lire la présentation de l’INSEE sur les salaires

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